Qui est Rohan R., accusé d'avoir poussé des ados à se torturer sur Discord ?

Ses nuits, Rohan R. les passait derrière un écran d’ordinateur. Ses activités nocturnes avaient d’ailleurs déjà surpris ses colocataires. Des propos insultants, des menaces et des ordres avaient transpercé les murs de la chambre de cet étudiant indien de 23 ans installé à Antibes (Alpes-Maritimes).

AlertesPedo
3 min ⋅ 02/03/2025

Accusé d'avoir poussé de jeunes filles à se torturer sur la plateforme en ligne Discord, il est renvoyé ce lundi 3 mars devant la cour criminelle de Paris où il doit être jugé pour "acte de torture et de barbarie", "corruption de mineurs en bande organisée" et "extorsion en bande organisée" sur la période de 2019 à 2021.

DEBUT DE L’HISTOIRE

L’affaire débute de l’autre côté de l’Atlantique, lorsque Google signale l’un de ses utilisateurs au National Center for Missing and Exploited Children - une ONG américaine qui s'occupe d'affaires d'enfants disparus ou exploités - après la découverte d’une vidéo inquiétante. Une jeune fille qui dit avoir 12 ans apparaît le torse nu, couvert de l’inscription "Rohan" et de croix gammées écrites au feutre noir.

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Cette première vidéo marque le début d’une enquête tentaculaire. Outre-Atlantique, les signalements se multiplient. Les enquêteurs américains découvrent de nouvelles vidéos, tout aussi cruelles, de jeunes filles mineures poussées à se graver le prénom "Rohan" ou des croix gammées sur la peau, à se masturber avec des objets contondants ou à boire leur urine, face caméra.

Toutes agissent sous les ordres d'un même utilisateur qui se cache derrière plusieurs adresses mail. Les enquêteurs américains parviennent à remonter jusqu'à un suspect grâce à l'une d'elles, gunplaylife@gmail.com. Rohan R. est finalement interpellé à Antibes en avril 2021.

“LA METHODE ROHAN”

Rohan R., qui se présente lui-même comme un "gourou", regroupe toutes ses techniques de manipulation dans un manuel en ligne "How to get a girl", dans lequel il affirme avoir manipulé 200 victimes.

Pour obtenir de ses "esclaves" qu'elles se torturent, il opère méthodiquement. Il vise des mineures, fragiles émotionnellement ou esseulées pour certaines. Il explique par ailleurs, au cours de l'instruction, cibler des jeunes filles en raison de leur croyance religieuse et leur origine.

Rohan R. les repère sur des forums de discussions sur lesquels elles confient leurs peines et leurs déboires. Il engage alors une discussion pour gagner la confiance de ses victimes, obtenir d'elles des photos nues et les attirer sur son groupe Discord.

Le piège virtuel se referme ensuite. Rohan R. les oblige ensuite à se filmer nues, à se caresser, à se masturber avec la lame d'un couteau. Certaines jeunes filles sont filmées en train de se plonger la tête dans la cuvette des toilettes, de s'étrangler avec une ceinture ou de boire de l'eau de javel. Ces adolescentes se soumettent aux instructions "précises et cruelles" de cet étudiant qu'elles n'ont jamais rencontré puisqu'il les menace de tout révéler à leurs proches si elles n'obéissent pas à ses ordres.

Une fois "la confiance établie", la victime, placée "dans une espèce de confort relationnel" va "avoir du mal à s'en défaire, à dire 'non, là ce que vous me proposez, d'envoyer plus de photos ça me gêne", décrypte Samuel Comblez. "Il y a une sorte de non-retour et un phénomène d'emballement qui fait que la victime va continuer à envoyer ses photos."

“Il était parvenu à me faire croire que ma vie était finie et que je n'avais plus personne vers qui me tourner” confie une victime américaine du jeune homme 

À 15 ans, l'adolescente affirme avoir été poussée à se scarifier le nom de Rohan R. ainsi qu'à commettre une tentative de suicide en se tranchant la gorge et les poignets. L'étudiant l'avait menacée de diffuser une photo d'elle nue si elle n'obéissait pas à ses ordres. "Il connaissait mon adresse, mon âge, le nom de mon lycée, celui de mes parents", explique la jeune fille.

“DES PRATIQUES SCENARISEES” EXPLIQUE ROHAN EN G.A.V

En garde à vue, Rohan R. prétend que les jeunes filles étaient majeures, les utilisateurs devant valider une déclaration de majorité pour accéder à la plateforme en ligne. Selon lui, ces pratiques étaient scénarisées. Les intervenantes les avaient acceptées. Il évoque une blague, un jeu de rôle pour justifier les visages terrorisés des jeunes filles, admettant par la suite avoir forcé la plupart de ces jeunes filles à se masturber avec des objets tranchants.

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Par Alertes Pedo